Je ne suis pas l’auteur de ce témoignage. Avec l’accord de cette personne, je me permet de le publier ici anonymement. Il faut beaucoup de courage et de lucidité pour parler de sa propre histoire avec pudeur et justesse. Le voici donc, dans son intégralité.


J’ai été Monsieur Eugène.

Enfin… pas totalement. Appelez-moi Madame Eugénie, si vous voulez.

Un jour, suite à une succession d’erreur, de mauvaises rencontres et de décisions hasardeuses combinées à une fierté mal placée, je me suis retrouvée sans travail, sans mec, sans logement et en pleine dépression.

Incapable d’agir, j’ai pris ma voiture et j’ai roulé jusqu’à un coin isolé que je connaissais.

Je me suis mise en boule sur ma banquette arrière, enroulée dans ma couette, on était au mois d’octobre. Il faisait froid la nuit.

J’ai passé 2 jours et 2 nuits cachée, en boule, sur cette banquette arrière. Puis je suis entrée en mode « survie ».

Pendant 3 mois, je me suis rendue invisible : bouger d’endroit régulièrement pour ne pas être repérée, par les flics ou des marginaux mal intentionnés, me tenir le plus propre possible pour ne pas être virée des endroits où je squattais la journée : bar, médiathèque, McDo… autant de lieux où je pouvais trouver des toilettes, une prise pour charger mon téléphone. Prendre une nuit d’hôtel de temps en temps quand le froid est trop insupportable, y arriver dès 14h, ne la quitter qu’à 11h et à chaque fois, trouver le retour à la rue un peu plus difficile. Jusqu’au moment où il est plus facile de ne pas aller à l’hôtel.

Puis un jour, la carte bleue se fait avaler. Je ne peux plus faire l’autruche. Je n’ai plus le choix. Je suis une clocharde.

Je ne vois qu’une issue : me jeter avec la voiture dans un ravin. Coup de chance, je n’ai plus d’essence.

Un dernier sursaut d’espoir me fait pousser la porte du Centre Médico-social. Et je m’effondre. Je pleure toutes les larmes de mon corps et je raconte tout à une assistante sociale qui n’en demandait pas tant. Nous sommes en décembre. Il neige, il fait un froid insupportable la nuit.

Et va débuter un combat impossible à mener seule : les appels au 115, toujours occupé, dès 9h du matin pour trouver un hébergement d’urgence, les journées passées dans un accueil de jour où je trouverais des gens pour m’aider à faire mes démarches, une douche chaude, une machine pour laver mon linge, un repas chaud, du café en abondance. Et la misère sociale, les bagarres entre camés, les sdf anesthésiés par l’alcool et la drogue, on me vole mon téléphone mis en charge le temps de tourner la tête… mais mon dossier avance même si toutes les nuits, je retourne dans ma voiture glaciale en espérant ne pas avoir été repérée. Toujours demeurer invisible.

Janvier est là. Mon état physique et psychique se dégrade. Je sens que je suis sur le fil. Je me renferme de plus en plus. Mon dossier n’avance plus. Je n’appelle même plus le 115. Il n’y a jamais de place pour une femme seule. La tentation de m’anesthésier à l’alcool pour être dans la même béatitude que les autres est présente. Je résiste encore mais combien de temps ?

La chance : une place se libère dans un centre d’hébergement. Ils sont prêts à m’accueillir. Ils vont me sauver la vie. J’y resterais 18 mois.

Et puis, je reprendrais une vie « normale ». Je ne suis plus la même. Je ne le serais plus jamais.


Je n’ai pour ma part aucune compétence dans ce domaine, mais si une personne de votre entrougage (ou vous même) se trouve en difficultés, voici quelques repères peut être utiles:

Prenez soin de vous et des autres…